01 Biographie

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1. Joseph voit le jour le 11 octobre 1919 à Waremme (Province de Liège, Belgique), où son père est imprimeur. Les premières années au foyer familial, entre ses parents et ses deux sœurs, sont suivies de l’entrée au collège Saint-Louis de sa ville natale, OÙ il entame les humanités gréco-latines. Pendant ses études, il lance le patronage dans sa paroisse. Le collège n’a pas encore le cycle complet des études classiques. Aussi, après la 3e latine – classe correspondant à l’actuelle 4e année secondaire -, Joseph doit quitter Waremme pour le petit séminaire Saint-Roch à Ferrières. Il y reste peu de temps car le climat humide de l’endroit ne convient pas à sa santé. C’est au collège Saint-Barthélémy, à Liège, qu’il achève ses humanités en 1936. Après quoi, il suit pendant deux ans les cours et la formation en imprimerie à l’Ecole Don Bosco de la même ville. Puis, c’est le service militaire, aux carabiniers cyclistes. Survient la guerre. Dès mai 1940, sa compagnie évacue à vélo. Elle ira jusqu’à Lunel (Montpellier). En juillet a lieu le retour au pays. Joseph avait animé le patronage à Waremme, mais aussi à Saint-Roch et à Saint-Barthélémy. C’est au sein de ce mouvement qu’il avait perçu l’appel du Seigneur au service presbytéral. Les mois d’exil avec les soldats ont renforcé son propos.

En septembre 1940, il « entre au séminaire », comme on disait alors. C’est là qu’il passe le temps de la guerre, exerçant notamment, au grand séminaire de Liège, la fonction de « pompier », titre familier attribué au sous-régent chargé de représenter les intérêts des séminaristes auprès des autorités de la maison. Une photo du groupe des séminaristes de la 4e année de théologie (1945-46) le montre portant lunettes et assis à la droite du président, Mgr G. van Zuylen, qui deviendra l’évêque de Liège. Sa maman, qui l’a soutenu dans sa vocation, ne le verra pas arriver au sacerdoce : elle meurt à la fin de 1944. Joseph est ordonné prêtre le 30 juin 1946 et est nommé professeur de 5e latine à « son » collège de Waremme. Retour aux sources qui l’enchante : le voilà en milieu familier et proche des siens, pour lesquels il se montrera très attentionné. Son papa décédera en janvier 1951. A sa classe de 5e, Joseph se consacre à fond, et les élèves l’aiment beaucoup. On dit même que son départ, onze ans plus tard, fut un petit drame pour les élèves montant en 5e, quand ils apprirent qu’ils ne l’auraient pas comme titulaire. En tant que prêtre, il ressent l’inadaptation de la liturgie eucharistique aux jeunes et cherche à mettre les célébrations à leur portée.

Il consacre ses vacances aux activités de la Jeunesse étudiante catholique (J.E.C.) et des groupes d’estudiantines. Il organise aussi des voyages de professeurs et d’élèves : en Suisse, à Rome à l’occasion de l’Année Sainte de 1950. En 1955, il mène un groupe d’élèves chez l’abbé Pierre à Paris, pour y partager un peu de la vie des plus démunis. Au témoignage de son directeur de l’époque, Joseph est « excellent confrère, intransigeant pour lui-même et indulgent pour les autres ». Exigence dans le don et délicatesse souriante de sa tendresse : nous sommes très nombreux à en avoir été plus tard les témoins et bénéficiaires. Ce qui apparaissait moins, sauf aux intimes, et qui se manifesta dès le professorat au collège Saint-Louis, c’est le sentiment qui habitait Joseph de n’en avoir jamais fait assez, d’être inférieur à la tâche : ce sentiment le démoralisait.

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2. En 1952 a lieu l’ordination épiscopale du premier évêque africain de ce qui était alors l’Afrique belge : Mgr Bigirumwami, qui devient le premier vicaire apostolique de Nyundo (Rwanda). Très vite, un jumelage est établi entre ce vicariat et le diocèse de Liège, dont l’évêque, Mgr Kerkhofs, un « audacieux pacifique », est particulièrement sensible aux besoins d’une catholicité vécue aux dimensions du monde et à ceux de toutes les couches sociales, surtout des plus défavorisées. Liège n’en est d’ailleurs pas alors à ses débuts dans l’ouverture la plus large à l’Eglise universelle : depuis un siècle, plusieurs personnalités œcuméniques et missionnaires, certaines très connues comme dom Lambert Beauduin, le Père Vincent Lebbe, André et Charles Boland, d’autres moins, tels Louis Conrardy, l’apôtre des lépreux mort en Chine en 1914 ou Albert Gille, promoteur du clergé indien dans les années 1920, sont originaires du diocèse ou s’y rattachent par des liens étroits. L’axe Liège-Nyundo de 1952 se concrétise de plusieurs façons : envoi de prêtres diocésains (ainsi naît, pour la Belgique, le mouvement que renforcera Pie XII en 1957 dans son encyclique F/de/ donum), jumelage de paroisses. Les 27 paroisses du doyenné de Waremme entrent bientôt en contact avec la mission de Ruhengeri, qui fait alors partie du vicariat de Nyundo : ce sera la « Fraternité Waremme-Ruhengeri ». D’autre part, en 1954 est fondé à Louvain, à l’initiative des évêques belges, un séminaire destiné à former des prêtres pour l’Amérique latine. Toutes ces ouvertures captivent Joseph Fraipont, qui leur accorde une large place dans Le Trait d’union, bulletin des anciens du collège Saint-Louis, dont il est le rédacteur. Bien plus, il « en sera » lui-même; et c’est le Rwanda qui obtient sa préférence. Au début de 1956,

Mgr Bigirumwami a demandé à l’évêque de Liège de prendre en charge un collège fondé trois ans plus tôt par les jésuites. La reprise est acceptée et se concrétise dès septembre de la même année par l’arrivée sur place du directeur du collège Saint-Barthélémy, l’abbé Eugène Ernotte, nommé pour la circonstance chanoine honoraire. Est ainsi fondé le collège du Christ-Roi, qui, de Nyakibanda, sera transféré à Nyanza en 1957. Pour développer l’établissement, des cadres professoraux sont nécessaires : à commencer par un professeur de 6e latine. A l’appel adressé par « le chanoine » à Liège répond un volontaire : Joseph Fraipont. Se séparant de ses confrères dans l’émotion, il s’envole en ce mois d’août 1957 pour « Usumbura » … Le voilà donc enseignant le latin, et aussi le flamand, aux jeunes Rwandais des collines : la première année en 6e, la seconde en 5e latine. Parallèlement, il crée un cercle d’étudiants et s’occupe des Xavéri, mouvement proche du scoutisme, que vient de lancer un Père blanc de Bukavu. Les excursions dans les campagnes lui font découvrir le nombre élevé d’enfants et de jeunes gens atteints de graves malformations dues à la poliomyélite.

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3. llait agir ». C’est ainsi qu’au camp Xavéri des grandes vacances 1958, organisé près de Ruhango, il fait admettre plusieurs handicapés, dont les valides auront à s’occuper. Cette expérience le marque de manière décisive. Il écrit alors : « II y a dans le pays des centaines de pauvres gosses infirmes, difformes, que l’on aurait fait disparaître, paraît-il, il y a quelques années, mais qu’à la suite de l’implantation du christianisme on a laissé vivre. Les pauvres gosses vivent … un point c’est tout. On dirait plutôt qu’ils attendent de mourir … Personne, je crois, ne s’en occupe, personne d’ailleurs n’a le temps de le faire. J’en ai rencontré plusieurs sur la route … c’est un péché que les laisser à eux-mêmes ». Au cours de l’année scolaire suivante, l’idée de « faire quelque chose pour eux » l’habite de plus en plus. Agir, certes ; mais par quelle voie ? « Il y a ici un abbé très sympathique qui demande à vous voir ». Nous sommes à l’été 1959, à la porterie du 84 rue Gachard à Bruxelles. L’appel de la téléphoniste s’adresse à Thérèse Similon, A.F.I.(1) et docteur en médecine, rentrée de deux années de service au Vietnam. L’abbé « très sympathique » rentre, lui, du Rwanda.

Il observe: « Ils sont des milliers et on ne fait rien pour eux ». Un soir de feu de camp, un infirme s’approche timidement. Personne ne lui prête attention. L’abbé va le prendre dans ses bras et l’amène au milieu du groupe : « Parce qu’un jour, mes yeux ont croisé les yeux de jeunes délaissés, yeux sans colère, mais si las, si remplis de désespoir, je ne pouvais plus être le même. Il fallait aimer, il fallait agir »

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L’évêque de Liège lui a permis de quitter le collège du Christ-Roi et Mgr Perraudin, archevêque de Kabgayi (dont dépend alors le sud du Rwanda), vient de lui céder un terrain de 71 hectares à quelques kilomètres de Nyanza : la colline de Gatagara. Il y a là quatre maisons … en ruine. Complétée par une infirmière canadienne, Viola Lafosse, la petite équipe est à pied d’oeuvre pour Pâques 1960. « C’est vraiment merveilleux – écrit l’abbé à un confrère de Waremme – . Je vais bientôt pouvoir employer tous les habitants de la colline et tous les jeunes qui traînent dans tous les coins ». Née d’un élan de générosité, l’entreprise est aussi conçue avec esprit d’organisation.

 

Publié dans : ||le 15 janvier, 2010 |Pas de Commentaires »

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