03 Biographie

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6. A ce moment, les premiers sont passés au nombre de 170 et le second compte un effectif de 42 membres. Sur les six réponses à la lettre du 24 juin qui ont été conservées, deux annonçaient un versement, pour un total de 45.000 francs belges. Et Gatagara ne ferma pas… L’année suivante, les handicapés étaient 250 ; en 1967, 263 : garçons et filles, de 5 à 20 ans, répartis en neuf internats. Le Centre est maintenant un grand village, avec les multiples services qu’impliqué le regroupement de 400 personnes, y compris les ouvriers.

Et le Padri, toujours soucieux de ne pas s’installer dans une institution, élabore les plans pour organiser les soins aux aveugles et aux sourds-muets : ceux-ci, d’abord accueillis sur place, seront pris en charge en 1971 par les Frères canadiens de Saint-Gabriel à Butare. Après un essai sans suite qui se situe avant 1970, la section des aveugles sera ouverte à Gatagara en septembre 1979. Dès 1965, commence l’atelier de construction de radios, MERA, transféré en 1967 à Kigali et rejoint huit ans plus tard par l’atelier de confection, SOCORWA, créé en 1969 : ces réalisations de Robert Chômé et Mathieu Houben, Joseph les a voulues pour assurer un emploi aux handicapés rééduqués. La séduction gagne des cercles de plus en plus larges.

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Au Rwanda d’abord, où des paroisses, des communautés religieuses (à Rwamagana, Kigali, Butare) acceptent d’accueillir des « équipes extérieures ». On constatait en effet que les rééduqués rentrés chez eux, sur les collines, ne pouvaient ni se rendre à l’école, ni bénéficier du suivi des soins, ni exercer un métier utilement. Des handicapés vont prendre la direction des équipes formées dans des lieux mieux desservis. Certaines d’entre elles sont placées sous la responsabilité de laïcs, ainsi à Kigali. Pour les constructions, des entrepreneurs facilitent la fourniture de ciment, article souvent rare, et vont jusqu’à l’offrir.

L’ASBL « Les Amis de Gatagara » décharge l’abbé de la tâche de collecter des fonds en Belgique et en Europe (aide du gouvernement belge et de la C.E.E., d’organismes de charité et de particuliers), comme celle de recruter des volontaires et de fournir le matériel demandé. Waremme, qui est à l’œuvre depuis la première heure, poursuit son aide : famille de l’abbé, collège, paroisse. Puis se crée un comité français, à Paris. Pourra-t-on un jour dénombrer et identifier tous les mouvements et paroisses de Belgique et d’ailleurs, qui choisirent Gatagara comme objectif d’un carême de partage ou d’une campagne de sensibilisation ?

Il faudrait aussi évoquer les dévouements plus engagés, tel celui de trois chirurgiens qui, pendant plusieurs années, consacrèrent une ou deux semaines à aller opérer bénévolement les « polios » de Gatagara. La « Colline de l’espoir » n’est pas un simple centre pour handicapés. Comme le veut l’abbé, cela devient un mouvement. Joseph établit des liens avec un centre analogue fondé à Goma (Zaïre) par Louis Martin et son épouse, et avec d’autres situés à Bujumbura (Burundi) et au Cameroun. En 1974, il lance l’ACHAC : association des centres de handicapés de l’Afrique centrale, dont il sera élu secrétaire général à trois reprises.

 

7. Et il n’entend pas se limiter aux seuls handicapés, dont la réhabilitation est consacrée officiellement par une loi rwandaise sur l’enseignement spécial, qu’il a préparée et qui est adoptée en novembre 1976. Pour lui, ainsi qu’il le fait savoir aux prêtres et aux laïcs à qui on lui demande de s’adresser, il faut « faire en sorte que l’Eglise soit vraiment ce qu’elle a proclamé hautement être au Concile : l’Eglise des pauvres ». A cette seule condition, « elle sera plus croyable quand elle enseigne que Dieu est père … notre devoir est de montrer que c’est vrai ce que nous disons ». Le plus grand des objectifs pour l’Eglise du Rwanda, estime-t-il, « serait d’en faire vraiment l’Eglise des pauvres, telle que Jean XXIII et le Concile l’ont voulu ». Ainsi, aucun démuni n’est oublié à Gatagara.

A côté du Centre, sont recueillis les vieux sans ressources et les orphelins. Un centre nutritionnel forme les mamans à dispenser une alimentation saine et les soins requis à leurs enfants. La troisième ethnie du Rwanda, les Batwa, est handicapée par la difficulté de s’intégrer dans la société. Ces marginaux sont, notamment, potiers. Joseph recrute en Belgique un artisan, qui arrive à Gatagara au début de 1978, pour commencer un atelier de poterie. Cette initiative permettra aux Twa des environs de s’initier à la fabrication de produits plus résistants et commercialisables. Au Rwanda, l’acquisition d’un terrain, bien essentiel à la subsistance mais denrée rare, n’est pas une mince affaire. L’abbé obtient des fonds extérieurs pour permettre à des familles nécessiteuses des environs d’entrer en possession d’un lopin cultivable. Le « mouvement » attire de plus en plus les visiteurs, dont certains de marque.

On se rappelle la visite chaleureuse du cardinal Léger, archevêque de Montréal (Canada), qui y alla de ses deniers pour créer la pouponnière ; de celle aussi de Mgr van Zuylen, évêque de Liège, en janvier 1968. Tous sont frappés de la joie des enfants, de la simplicité souriante de leur Padri, de l’union de sa grande famille. Pour les festivités du dixième anniversaire, le 7 juin 1970, les plus hautes autorités du pays font le déplacement : le président de la République, plusieurs ministres, députés, préfets, des ambassadeurs, l’archevêque, qui a favorisé les débuts de l’œuvre, l’évêque de Butare, diocèse dont dépend Gatagara, l’évêque anglican du Rwanda.

On se souviendra que Mgr Perraudin déclara ce jour-là qu’il ne fallait pas aimer les plus pauvres avec des paroles : il fit lui-même une collecte après la fête et récolta plus de 40.000 francs ! Un mois plus tard, le 3 juillet, le roi Baudouin et la reine Fabiola sont accueillis à Gatagara en liesse. Les souverains ont « des gestes d’une bonté et d’une simplicité extraordinaire pour chacun des enfants ». Par la suite vint Madame Giscard d’Estaing, épouse du président de la République française. Joie, sourires, confiance, enthousiasme, l’abbé en répandait largement autour de lui. Cependant, il connaissait simultanément les épreuves. Pendant qu’il remontait le moral des autres et tout en se confiant à la Providence, il vivait des soucis lancinants. D’abord dans le sentiment de son insuffisance à la tâche, ensuite devant les échéances alors que l’argent manquait, et aussi du fait des incompréhensions.

Très tôt, il pensa que l’œuvre devait être confiée à une communauté religieuse. Ses tentatives de 1959 auprès des Frères de la charité de Gand et des Frères de St-Jean de Dieu n’aboutirent pas. En 1967, il espère obtenir de Liège un prêtre qui pourrait se charger de l’animation spirituelle de la maison. Par la suite, deux prêtres belges, successivement, le seconderont pendant quelque temps. Quant à l’évêque de Butare, il pourvut d’un prêtre rwandais la succursale de Gatagara, érigée en paroisse en 1976. Mais, toujours en 1967, Joseph cherche aussi une communauté pour diriger le Centre, tout en se disant prêt à continuer « de faire de mon mieux (ce qui n’est vraiment pas grand chose), laissant au Seigneur de faire fructifier mes pauvres efforts ».

Furent pressentis successivement les bénédictins, les salésiens, les Frères de Taizé, les compagnons d’Emmaus (de l’abbé Pierre), les Foyers de charité. Démarches épuisantes, dont l’insuccès plongeait Joseph dans le découragement. Pour se reposer, s’abstraire de ses multiples soucis … tout en écrivant des lettres et en rédigeant des rapports, il prend l’habitude de passer chaque semaine, du dimanche après-midi au lundi soir, au monastère de Gihindamuyaga, près de Butare. Heureuse diversion, que complètent les relations d’amitié et de soutien qu’il a conservées avec le recteur du collège de Nyanza.

Non seulement Joseph est entièrement donné à son œuvre, s’identifie à elle. Mais il est si proche des siens qu’il peut vraiment se dire Rwandais. En 1975, il obtient, seul Européen, la naturalisation : pour le Rwanda, il s’appellera désormais Ndagijimana (« je me confie à Dieu »). Trois ans plus tard, son disciple et ami prêtre, Boniface Kanyoni, devient son adjoint, avant de le remplacer dans la fonction de représentant légal du « Home de la Vierge des pauvres ». La certitude que la continuité de l’œuvre était suffisamment assurée aurait pu l’apaiser. Mais c’est l’épuisement et l’usure prématurée qui eurent raison de lui. Cédant la direction à l’abbé Kanyoni, le Padri part pour la Belgique en 1980. Au terme d’une année de repos, il n’est pas vraiment rétabli.

Mais il rentre au début de 1981, car il préfère vivre au milieu de ses enfants. Il doit regagner le pays natal trois mois plus tard, pour être hospitalisé à la clinique Notre-Dame de Waremme. Il ne se releva plus. Le 26 mai 1982, il entrait dans la joie du Seigneur. Trois jours plus tard, une messe de Requiem réunit, autour de la famille, une grande foule où on reconnaissait l’ambassadeur du Rwanda. Dans son homélie, le chanoine Ernotte évoqua la figure de Joseph : .

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Publié dans : ||le 15 janvier, 2010 |Pas de Commentaires »

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