02 Biographie

En juin 1959, l’abbé a mené une enquête dans le sud du pays, qui lui fait évaluer à 7.000 le nombre des petits infirmes pour l’ensemble du Rwanda. En septembre, son plan était au point. Dans la brochure de lancement du « Home de la Vierge des pauvres », il parle de leur grande détresse. « Jamais jusqu’à présent, une action sérieuse n’a été entreprise pour se saisir du problème dans son ensemble et essayer d’y apporter une solution. IL EST PLUS QUE TEMPS DE LE FAIRE ».


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4. On s’occupera d’abord des paralytiques « à la fois les plus malheureux et les plus nombreux », puis des petits aveugles. Il faudra (1) A l’époque: Auxiliaire féminine internationale. Le nom actuel est « Association fraternelle internationale ». Association de laïques missionnaires fondée par une Liégeoise, Yvonne Poncelet, à partir de 1937, dans l’esprit et avec les encouragements du Père Lebbe. 20 pavillons pour les enfants, un centre médical, un centre de réadaptation, une école et des ateliers, un centre agricole.

Figurent aussi dans ce premier programme l’organisation générale de l’aide aux infirmes du pays et la création d’un centre de recherche chargé de déterminer les causes des infirmités et de s’attaquer aux racines du mal: campagne préventive, éducation des parents… Tout cela exige des ressources matérielles considérables. De son voyage de l’été 1959 en Belgique, où il escomptait récolter un million, Joseph a ramené 170.000 francs. Des patronages, comme celui sollicité du Père Pire, qui élargit à ce moment son « Europe du cœur » au « Monde du cœur », lui ont été refusés. Il faut dire que, déjà, l’avocat des handicapés plaide la cause qui le prend tout entier dans un langage direct et avec une pugnacité qui en indisposent plus d’un.

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Un appel est lancé aux Européens habitant le Rwanda pour qu’ils fournissent surtout l’ameublement. Autre proposition : la prise en charge de la rééducation d’un enfant pour 10.000 francs par an. Après une année, le million espéré est trouvé, mais l’abbé en attend 6 ou 7 pour pouvoir assurer le fonctionnement de l’œuvre pendant trois ans. Et déjà, il constate qu’il faudrait songer à construire une maison pour héberger les incurables et leur apprendre un métier pour vivre. Le début, en ce 17 avril 1960, ce fut, à la porte de sa maison restaurée, un jeune d’une quinzaine d’années qui ne pouvait se servir ni de ses mains, ni de ses jambes et dont la famille ne voulait plus s’occuper.

Mais où l’héberger ? Provisoirement, au foyer social proche, et le « Padri » – ainsi allaient désormais l’appeler tous ses enfants – se chargerait de son entretien. L’abbé Jean Massion, témoin de la scène, ajoute: « J’avoue que j’étais un peu soufflé. Dans mes conférences de récollection sacerdotale, je prêchais sur la charité. Là, je la découvrais dans la vie ». Le restant de l’année fut occupé par les constructions (des 20 pavillons prévus, 8 furent construits), la création d’une école du soir pour les petits bergers non scolarisés et d’un dispensaire où, par dizaines et dizaines, les mamans apportèrent leurs enfants tous les jours.

L’abbé a commencé une vie harassante où la fonction de solliciteur occupe une grande place. Un appel dans quatre journaux belges rapporte peu. De Waremme, il reçoit un appui appréciable. L’aide financière la plus substantielle arrive de Misereor, en Allemagne. Les appels de fonds ne l’empêchent pas d’écrire sur la situation politique troublée que traverse alors le Rwanda. Et il commente celle-ci : « Je ne vois AUCUNE SOLUTION au problème qui déchire notre pays si ce n’est celle-là : convaincre tous les chrétiens, qu’ils soient batutsi, bahutu ou batwa – et ils sont quand même nombreux – , de travailler la main dans la main à supprimer les misères et LA misère qui régnent dans ce beau pays … C’est pour cela que, dépassant mon premier objectif, j’essaie de faire de notre maison, de notre petite mission, un véritable foyer rayonnant ». Ce foyer est en effet bien vivant.

Mais pour permettre le développement dont rêve le fondateur, les besoins sont immenses, tant en collaborateurs qu’en ressources matérielles. Ainsi, très vite, les préoccupations de l’abbé Suivent trois axes : trouver des personnes, certes compétentes et dévouées, mais surtout prêtes à former une famille et à donner au service des handiapés le meilleur d’eux-mêmes ; susciter, à l’extérieur de la maison, des groupes disposés à épauler le mouvement en le faisant connaître, en recrutant du personnel supplémentaire et en rassemblant des fonds ; rechercher un organisme qui accepterait d’assurer la continuité de l’œuvre.

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5. Pour ce qui est des cadres, des bonnes volontés se présentent, tant du Rwanda que de l’étranger. Mais, pour Padri Fraipont, ces personnes doivent être formées à l’esprit de charité totale pour les démunis qu’il veut insuffler et répandre. Dès le début, la congrégation rwandaise des Bizeramariya établit une communauté à Gatagara : au nombre d’une dizaine, les sœurs dirigent la cuisine, gardent les petits opérés, aident au centre médical, entretiennent ce qui n’est d’abord qu’un auvent-chapelle, plus tard l’église. Cependant, le fondateur plate tous ses espoirs dans les deux équipes de volontaires rwandais qui se forment en 1966 et comptent alors huit jeunes gens et six jeunes filles.

Il leur déclare : « Vous savez que l’œuvre de Gatagara NE POURRA PAS continuer si nous n’avons pas un groupe solide de volontaires Banyarwanda décidés à lui donner leur vie. Vous savez que l’idéal que nous nous proposons est beau et grand quoique difficile. N’y aura-t-il donc personne qui osera risquer sa vie pour cela ? ». Certains parmi ces volontaires donneront leur vie aux autres pour Dieu, soit au sein de l’œuvre, soit dans un autre engagement. Ailleurs aussi, notamment en France, Joseph éveille des vocations : sacerdotale, religieuse et laïque. La première présence européenne fut celle des Auxiliaires féminines internationales, qui travaillèrent sur place pendant huit ans. On a cité le docteur Thérèse Similon, qui mit sur pied toute l’organisation médicale de la maison.

Trois autres A.F.I. se dépensèrent à la rééducation, en puériculture et au service social. Des techniciens suisses, belges, plus tard français et canadiens, célibataires ou en couple, furent nombreux à consacrer d’une à plusieurs années de leur vie à Gatagara. Pendant longtemps, on compta sur place simultanément une dizaine d’expatriés. On ne présente pas ici l’histoire de la maison : il n’est donc pas possible de préciser la diversité et la richesse de tous ces engagements au gré des trente années écoulées. Si les communautés, les familles, les célibataires menaient leur vie sur place de façon autonome,

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Padri était le rassembleur, créant un esprit d’union dans le même service et d’entente dans la compréhension et l’estime réciproque. La seconde préoccupation de Joseph Fraipont fut d’obtenir un soutien aussi large que possible de la part de groupes et d’instances extérieurs au Centre. Au début de 1962, l’abbé exprime pour la première fois le projet de former en Belgique « un comité qui s’occupera de nos intérêts en Europe ». Ce n’est pourtant que cinq ans plus tard que l’ASBL « Les Amis de Gatagara » sera mise sur pied et prise activement en charge par le général Charles Verbruggen. Entretemps, la sympathie agissante des autorités politiques du Rwanda (indépendant depuis le 1er juillet 1962) est acquise d’emblée : l’Etat prend en charge le traitement des moniteurs.

Le président Grégoire Kayibanda ne cessera de témoigner son intérêt pour l’œuvre, notamment ce jour où, en visite privée à Gatagara, il investit un handicapé des fonctions de bourgmestre du village créé à l’intention des infirmes adultes remis sur pied. Dès 1962 encore, le Padri, cet homme peu sûr de lui mais décidé à déplacer les montagnes quand il s’agit de ses enfants, songe à lancer un appel sur les ondes de Radio Luxembourg (future R.T.L.) ou sur Europe N° 1, et il se demande s’il oserait solliciter la famille royale en Belgique. Deux ans plus tard, il ose : en s’adressant non seulement au roi et à la reine, mais aussi au pape, aux chefs d’Etat du Grand Duché de Luxembourg, des Pays-Bas, de France, d’Allemagne fédérale, de Grande-Bretagne, d’Iran, de Monaco, de Suède ainsi qu’à tous les évêques de Belgique. 24 juin 1964 : « Sauvez nos jeunes handicapés, je Vous en supplie ! ».

Ainsi commence la lettre, qui propose aux destinataires de faire don de « quelqu’objet précieux » dont la vente permettrait de constituer un fonds de garantie pour la poursuite de l’œuvre entreprise. Le « prêtre inconnu » qui lance cet appel au secours, se fait intransigeant: « J’ai le cœur déchiré à la vue, d’une part, des misères sans nombre que je côtoie tous les jours et qu’il serait si facile de soulager avec un peu de bonne volonté et, d’autre part, à la vue du luxe qui s’étale sans pudeur dans nos pays occidentaux, du gaspillage scandaleux qui s’y pratique et de Pégoïsme qui y règne ». C’est qu’il est « à bout de ressources ». Il annonce du reste, comme il le fera encore à plusieurs reprises, qu’il est à la veille de devoir renvoyer handicapés et personnel d’encadrement si on ne l’aide pas.


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Publié dans : ||le 15 janvier, 2010 |Pas de Commentaires »

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